Il y a encore cinq ans, une Peugeot 205 GTI se négociait autour de 8 000 € en bel état. Aujourd’hui, les exemplaires propres dépassent les 18 000 €. Une BMW Z3 M Coupé ? Passée de 25 000 à plus de 60 000 € en trois ans. Le marché des youngtimers s’emballe, et certains modèles prennent 20 à 30 % par an.
Le phénomène n’a rien d’une bulle. La génération qui a rêvé de ces voitures dans les années 90 a aujourd’hui les moyens de se les offrir. Et contrairement aux voitures de collection classiques qui exigent un garage climatisé et un entretien de musée, ces youngtimers se conduisent encore au quotidien.
Cinq modèles sortent du lot.
Honda S2000 (1999-2009)
La S2000 coche toutes les cases du youngtimer parfait. Un moteur atmosphérique qui monte à 9 000 tours dans un hurlement devenu mythique, une propulsion, une boîte manuelle aux rapports ultra-courts. Honda a sorti cette voiture pour ses 50 ans, et ils n’ont pas fait les choses à moitié.
Le modèle à suivre, c’est la version AP1 (1999-2003), avec le 2.0 litres de 240 chevaux. Les AP2 (2004-2009) ont un 2.2 litres un peu moins rageur mais plus coupleux, et elles sont aussi plus rares.
Côté cote, une S2000 AP1 en bon état avec moins de 120 000 km se vendait 18 000 € en 2020. Aujourd’hui, comptez 28 000 à 32 000 €. Les exemplaires sous les 80 000 km avec carnet d’entretien complet peuvent taper les 40 000 €. Et le phénomène n’est pas près de s’arrêter : le stock de S2000 en Europe est limité, Honda n’en a importé que quelques milliers.
À vérifier : la rouille sur les ailes arrière. Vérifiez aussi que l’historique d’entretien est complet, le V-TEC demande des vidanges régulières avec la bonne huile. Un moteur négligé peut casser à haut régime.
BMW Z3 M Coupé (1998-2002)
On l’appelait le “clown shoe” à sa sortie. Ce coupé au design improbable, avec son long capot et son arrière tronqué, a été boudé à l’époque. BMW en a produit moins de 6 300 exemplaires dans le monde. Aujourd’hui, c’est exactement cette rareté qui fait flamber les prix.
Sous le capot, le six cylindres 3.2 litres de la M3 E36 (321 chevaux). Une propulsion précise, un châssis qui pardonne mais ne triche pas. Le plaisir de conduite est intact 25 ans plus tard.
En 2020, un Z3 M Coupé propre se trouvait autour de 30 000 €. En 2026, les mêmes exemplaires sont à 55 000-70 000 €. Une version S54 (moteur de la M3 E46, 325 ch), encore plus rare, a franchi les 80 000 €.
Attention : le châssis arrière peut se fissurer sur les modèles poussés. Une réparation coûteuse (plus de 2 000 €) qu’il faut avoir vérifié avant d’acheter. Regardez aussi les suspensions, le caoutchouc des silentblocs vieillit mal.
Peugeot 205 GTI 1.9 (1984-1994)
Icône française par excellence. Moins de 900 kg, 130 chevaux, une direction qui parle, un train arrière qui pivote au lever de pied. La 205 GTI a défini ce qu’une petite sportive devait être.
Le marché a complètement changé en cinq ans. Une 1.9 de 1990 avec 150 000 km et un bon suivi valait 8 000 € en 2020. Aujourd’hui, c’est 18 000 à 22 000 €. Une phase 1 (1984-1987), plus légère et plus radicale, peut dépasser les 25 000 €. Les exemplaires sous 100 000 km deviennent introuvables en dessous de 30 000 €.
Ce qui pousse la cote : les moins de 40 ans qui ont grandi avec cette voiture en poster arrivent sur le marché. Et contrairement à une allemande des années 90, une 205 GTI coûte encore raisonnablement cher en entretien. Les pièces se trouvent, les garages spécialisés aussi.
À vérifier absolument : la corrosion du tablier avant et des longerons. C’est le cancer de la 205. Un train arrière qui a du jeu (silentblocs de bras tirés) se répare sans trop de frais, mais une caisse piquée, c’est beaucoup plus engageant. Le faisceau électrique mérite aussi un coup d’oeil, il chauffe avec l’âge.
Mazda MX-5 NB (1998-2005)
La MX-5 NB est l’outsider de cette sélection. Longtemps dans l’ombre de la NA (la première génération aux phares pop-up), la NB voit enfin sa cote décoller.
Le 1.8 litres de 146 chevaux est increvable, l’entretien coûte trois fois rien, et le plaisir au volant est exactement le même que sur une NA. Mais avec une caisse plus rigide, une meilleure insonorisation et la clim en série sur beaucoup d’exemplaires. Pour rouler tous les jours, c’est plus vivable.
En 2022, une NB 1.8 avec 120 000 km se négociait à 4 000 €. En 2026, on passe à 7 000-9 000 € pour les belles. Les séries spéciales (10th Anniversary, Phoenix, Icon) grimpent plus vite. La NBFL (restylée, 2001-2005) avec le VVT est la plus recherchée.
Son atout : c’est probablement la dernière youngtimer abordable de cette liste. Et contrairement à une allemande, l’entretien annuel ne vous coûtera pas un bras. Points à vérifier : corrosion des bas de caisse et des ailes arrière (classique sur les japonaises), état de la capote (800 € à remplacer), et radiateur d’origine qui brunit avec l’âge.
Audi TT Mk1 3.2 V6 Quattro (2003-2006)
L’Audi TT de première génération a longtemps traîné une réputation de voiture de coiffeur. Le design signé par Freeman Thomas reste pourtant l’un des plus réussis de l’ère Volkswagen. Et dans sa version ultime, avec le V6 3.2 litres et la transmission Quattro, elle devient une vraie sportive.
250 chevaux, une bande son qui fait penser à une demi-R32, et une motricité impeccable. Le 3.2 VR6 est un moteur à la sonorité unique, coupleux dès les bas régimes, totalement différent du 1.8 turbo qui équipe la majorité des TT.
Le marché a mis du temps à reconnaître ce modèle. En 2021, un TT V6 Quattro avec 150 000 km valait 6 000 €. Aujourd’hui, c’est 12 000 à 15 000 €. La version Quattro Sport (moins de poids, plus de puissance) tape les 20 000 €. Le problème : il n’y en a presque plus. Beaucoup ont été modifiées, maltraitées, ou sont mortes d’un entretien négligé.
À vérifier : la chaîne de distribution du VR6, située côté boîte. Elle est censée tenir la vie du moteur, mais les tendeurs peuvent lâcher après 200 000 km. La réparation demande de sortir le moteur (comptez 2 500 à 3 500 €). Vérifiez aussi le Haldex, le système qui répartit le couple entre les essieux : la vidange doit être faite tous les 60 000 km. Sans historique, fuyez.
Comment acheter sans se brûler
Acheter un youngtimer qui monte, c’est excitant. Mais quelques règles de base évitent les déconvenues.
Privilégiez l’historique. Une voiture avec 180 000 km mais un classeur de factures bien tenu vaut souvent mieux qu’une voiture à 90 000 km sans aucun justificatif. Les kilométrages se maquillent, les factures non.
Anticipez l’entretien. Sur une voiture de 25 ans, tout ce qui est en caoutchouc est à changer ou va l’être : durites, silentblocs, joints. Prévoyez un budget de 1 500 à 3 000 € la première année, en plus du prix d’achat.
Et achetez ce qui vous fait plaisir, pas ce que les cotes disent. Une voiture qui monte peut redescendre. Si vous n’aimez pas la conduire, vous regretterez les jours de pluie où elle restera au garage.
